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Télétravail et environnement : bénéfices, effets rebond et bonnes pratiques

Si le télétravail semble être une bonne pratique pour l’environnement, quels en sont les réels bénéfices et quelles bonnes pratiques adopter pour en limiter les effets rebond ?

A l’ère d’une pandémie, le télétravail se généralise en phase avec les confinements successifs. Il représentait environ un tiers des actifs en France en 2020.1 Les français concernés par le télétravail en sont d’ailleurs plutôt satisfaits et souhaiteraient y accéder plus souvent.2

Cette introduction et généralisation du télétravail est-elle finalement favorable à l’environnement et de quels bénéfices parle-t-on réellement ?

Bénéfices liés au télétravail

Avant toute prise en compte des bénéfices, il est nécessaire de préciser quels impacts environnementaux évoluent grâce au télétravail, et de les hiérarchiser suivant leurs importances.

Ainsi, les éventuels effets positifs liés au télétravail dépendront prioritairement de 3 secteurs particulièrement polluants. Ces derniers sont les secteurs du transport, du bâtiment et de la consommation d’énergie (pour de l’électricité ou du chauffage). Par ailleurs, et particulièrement en France, les bénéfices dépendront en très grande majorité des secteurs du transport et du bâtiment.

Bénéfices liés à la diminution des trajets

L’un des premiers effet visible du télétravail, c’est l’absence de trajets domicile-travail. Ainsi, une journée de télétravail peut induire une réduction de 69% du volume des déplacements par rapport à une journée passée sur le lieu de travail.2 Cette réduction concerne tous les trajets confondus pouvant survenir dans une journée.

En France, les trajets domicile-travail s’effectuent majoritairement en voiture. L’économie de ces déplacements induit donc une forte diminution de l’impact environnemental lié aux transports. Et particulièrement, une diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES). En effet, le télétravail « procure un bénéfice environnemental moyen de 271 kg équivalent CO2 annuels par jour de télétravail hebdomadaire (ADEME, 2015) ».3 Cela représente près de 2% de l’empreinte carbone d’un français.

Des bénéfices liés à une diminution de la surface nécessaire aux bureaux

Au regard d’un secteur du bâtiment particulièrement polluant, la diminution des surfaces nécessaires au travail est forcément bénéfique à l’environnement. Cet impact est difficile à quantifier précisément car une comparaison entre l’état actuel et l’état envisagé est complexe. Pour autant, l’idée de flex office (bureau non attribué individuellement) est une évolution qui serait très favorable à l’environnement. En effet, cet aménagement permettrait de l’ordre de 80 à 110% de bénéfices supplémentaires en faveur du télétravail.3

Ainsi, la réduction en nombre et en taille des bureaux, notamment par la mise en place du flex office, permet de multiplier drastiquement les bénéfices du télétravail.

Diminution de la consommation d’énergie et de biens matériels

Enfin, l’introduction du télétravail permet une réduction de la consommation d’énergie des locaux. Les postes de travail qui ne sont pas utilisés peuvent être moins chauffés, ne nécessitent pas d’électricité, etc. Bien évidemment, ces bénéfices sont à multiplier s’ils sont combinés à la mise en place d’un flex office.

Et ce n’est pas que la consommation d’énergie directe qui diminue. Les consommations matérielles de « bureaux » (papier, encre, fournitures, gobelets, décoration, vidéoprojecteurs, etc.) sont également réduites.

Ces effets bénéfiques liés à la consommation sont conséquents, mais restent beaucoup moins impactants que les deux premiers liés aux transport et aux bâtiments.

Des avantages non-environnementaux ou indirects

Les bénéfices environnementaux liés au télétravail sont réels. Mais il existe aussi des avantages non-environnementaux ou qui sont indirectement la conséquence du télétravail.

Le télétravail permettrait une meilleure gestion du stress, un équilibre entre vie professionnelle et personnelle amélioré, une plus grande concentration… Ces résultats restent très dépendants des personnes et sans doute de l’emploi considéré.2 En effet, le télétravail peut aussi être mal vécu par les employés qui se sentent isolés et moins impliqués.4 Le télétravail doit donc avant tout être un choix de l’employé et un accord avec l’employeur.

Moins de stress en télétravail ? Tu m’étonnes… !

Les confinements successifs associés au télétravail ont aussi été le vecteur de bénéfices environnementaux et sociétaux très indirects. Étonnement, ces phases de télétravail ont été associées à une diminution du gaspillage alimentaire et à davantage de cuisine maison.2 Des bénéfices qui sont des clefs dans l’amélioration potentielle de la qualité de vie et de la santé.

Effets rebond liés au télétravail

Les bénéfices à l’introduction du télétravail sont réels et conséquents. Mais comme beaucoup d’évolutions, elle s’accompagne d’effets rebond qui peuvent en réduire les avantages. Concernant le télétravail, les effets rebond qui l’accompagnent peuvent diminuer de 31% ses bénéfices environnementaux.3 Tout comme les bénéfices, les effets rebond sont plus ou moins impactants. Les plus importants étant eux aussi rattachés aux secteurs les plus polluants (transports et bâtiments).

Augmentation de la distance entre domicile et travail

Dans le cas d’une possibilité de télétravail, les employés sont généralement prêts à vivre plus loin de leur lieu de travail. En effet, si parcourir une longue distance tous les jours pour se rendre au travail est contraignant, nous avons tendance à mieux l’accepter, quitte à ce que la distance soit plus conséquente, si nous devons faire le trajet moins souvent.5 Prenons l’exemple d’une distance domicile-travail multipliée par 2 pour seulement 2 jours de télétravail sur 5. A mode de transport équivalent, l’impact environnemental du télétravail dans cette situation pourrait être finalement négatif.

Les effets défavorables liés à ces transports sont difficilement mesurables.3 Pourtant, ils pourraient, à grande échelle, jouer en défaveur du télétravail.

Augmentation du nombre de trajets non-professionnels et déplacements désorganisés

Dans le cadre d’un travail en présentiel, les déplacements qui se font habituellement en plus du trajet domicile-travail sont généralement organisés. Nos habitudes nous permettent d’envisager de déposer les enfants à l’école en partant le matin et de passer faire nos courses en rentrant le soir, sans qu’il y ait de détours trop importants. Dans le cadre du télétravail, ces déplacements sont moins bien organisés.3

De plus, les télé-travailleurs réalisent davantage de trajets pendant leurs journées que les non-télétravailleurs (shopping, transport d’un proche, etc.)6

Ces 2 effets cumulés peuvent atteindre près de 25% d’effets défavorables par rapport aux bénéfices liés à un jour de télétravail par semaine.3

Augmentation du recours au numérique, achats de TICs et usage de la visioconférence

Le télétravail nécessite bien souvent le recours au numérique. Son impact, quoique faible en France du fait de notre mix énergétique, n’est pas à négliger pour autant. L’évolution de nos pratiques liées au numérique pourrait en effet induire de forts impacts environnementaux dans les années à venir.

Le recours au numérique s’associe souvent à l’achat de Technologies de l’Information et de la Communication (TICs). Ces achats de produits souvent neufs induisent de fortes émissions de GES, des extractions de matières premières rares et une pollution des eaux. C’est bien la phase de fabrication de ces appareils qui est la plus polluante. Elle représente 59 % à 84 % du total des impacts du numérique.7

Télétravail et multiplication des outils numériques

Enfin, le recours à la visioconférence dans le cadre du télétravail semble être un élément non négligeable parmi les effets rebond. En effet, 1h de visioconférence par jour diminuerait de 1% le bénéfice lié à 1 jour de télétravail par semaine.3

Augmentation de la consommation d’énergie des foyers

Dans le cadre du télétravail, les consommations d’énergie en chauffage et électricité dans les foyers augmentent. En effet, les éventuels consommations évitées dans les entreprises sont réintroduites au domicile. Elles peuvent atteindre 7,5% d’impacts négatifs par rapport aux bénéfices du télétravail.3

Augmentation de la consommation et du tourisme

Il existe des effets rebond indirects qui peuvent accompagner le télétravail.

Le premier à prendre en compte est celui des économies que permet le télétravail. En effet, si cette économie induit une augmentation du pouvoir d’achat, elle peut alors s’associer à une nouvelle consommation. Malheureusement, la consommation est directement fonction d’impacts environnementaux négatifs.

Un second effet indirect et auquel il faut être particulièrement attentif est celui lié à la possibilité de voyager. En effet, le télétravail peut permettre de travailler de n’importe où. Mais aussi d’aménager ses horaires pour se libérer un peu plus tôt le week-end. Ces aménagements permettent par exemple de prendre l’avion pour faire un city trip ou de se rendre dans une résidence secondaire. Malheureusement, ces transports ont un coût environnemental non négligeable notamment car ils induisent de fortes émissions de GES.

Les 4 jours de télétravail en Turquie après un vol en avion, c’est non !

Des bonnes pratiques hiérarchisées

Les bonnes pratiques qui accompagnent le télétravail se rattachent principalement aux secteurs du transport et du bâtiment qui sont deux leviers favorables au télétravail. Ces bonnes pratiques sont très variables en fonction de la situation actuelle et personnelle du télétravailleur concerné.

Limiter les effets rebonds liés aux trajets

  1. Ne pas associer le télétravail à l’augmentation de la distance entre lieu du domicile et lieu de travail : s’il est nécessaire de se rendre sur le lieu de travail de temps en temps, privilégier une courte distance.
  2. Ne pas associer le télétravail à des offres d’emplois très éloignées du domicile sous un prétexte de travail à distance de temps en temps.
  3. Pour les longues distances, privilégiez des trajets en transports peu énergivores comme le train.
  4. Ne pas associer le gain de temps lié au télétravail à une augmentation des déplacements : tourisme le week-end, trajets dans la journée, etc.

Organiser la mise en place du télétravail

  1. Accompagner le télétravail d’une diminution de la taille des locaux d’une entreprise : organiser le flex office pour diminuer les impacts environnementaux liés au secteur du bâtiment.
  2. Favoriser un télétravail organisé, prévu, et sur des journées complètes : pour diminuer les effets rebond liés aux trajets pour le travail et aux trajets complémentaires.
  3. Associer la libération des espaces de travail à une diminution de leur consommation d’énergies : ne pas chauffer et alimenter les espaces non-utilisés en entreprise.

Ne pas reporter ou transformer les bénéfices liés aux consommations chez soi

  1. Économiser les échanges de données (particulièrement vidéos) : limiter le recours à la visioconférence ou à des formations vidéos en streaming, anticiper son travail et l’organiser pour éviter le recours à l’échange de données vidéos, couper la caméra et le micro quand ce n’est pas nécessaire, etc.
  2. Ne pas associer le télétravail à une augmentation de la consommation d’énergie du logement : ne pas surchauffer son lieu de vie sous prétexte qu’on y travaille, privilégiez le réseau câblé plutôt qu’en WI-FI et encore plus que les réseaux 4G / 5G, etc.
  3. Dissocier le télétravail d’achats de matériels neufs : n’avoir qu’un seul PC portable utilisable dans les deux lieux, privilégiez l’achat d’occasion ou reconditionné avec garanties (attention à la provenance de l’appareil reconditionné), etc.
  4. Ne pas associer le gain de temps lié au télétravail à une augmentation de la consommation qui ne peut être durable (tourisme, loisirs, transports longs et pour aller loin, achats, etc.)

Télétravail, services en ligne et éthique

Le travail à distance implique le recours à de nombreux services en ligne afin de collaborer avec ses collègues. L.e modèle économique des plus gros fournisseurs de services en ligne (les GAFAM, pour Google-Apple-Facebook-Amazon-Microsoft) est basé sur l’exploitation des données personnelles et la publicité ciblée.8

Si vous ne savez pas où trouver des services respectueux de vos données, venez vite découvrir le collectif CHATONS. Ce dernier rassemble des structures proposant des services éthiques en ligne, respectueux des données des utilisateur·trice·s. Ces hébergeurs adhèrent à une charte. L’utilisation de ces services vous garantie ainsi une gestion respectueuse et transparente de vos données.

Télétravail et impact environnemental : conclusion

Selon l’ADEME, le télétravail permet d’éviter 270 kg équivalent CO2 par an et par jour de télétravail hebdomadaire.3 Cette économie est atteinte par la réduction des trajets. Ce bénéfice diminue d’environ 30% si l’on prend en compte l’ensemble des effets rebonds associés. « Par contre, la généralisation du flex office pourrait, à moyen terme, réduire la surface immobilière des entreprises et donc éviter la consommation énergétique à l’usage, à la construction et fin de vie des bâtiments. Cet effet ferait plus que contrebalancer les effets négatifs précédents. »9

Il est évident que le télétravail comporte des effets bénéfiques réels en faveur de l’environnement. Son introduction et son développement est essentiel à notre transition écologique. Malgré cela, la dimension sociale et collective du travail reste importante. Les évolutions à venir doivent nous permettre d’envisager un juste équilibre entre travail en présentiel et en distanciel.

Avant de clôturer cet article, sachez que ce dernier est le fruit d’une collaboration. Ah ouais ?! Mais avec qui ? Avec Libreon, une chouette association qui propose des services numériques reposant sur des logiciels libres. Implantée à Rennes, l’association propose des services respectueux de la vie privée de ses utilisateurs, pour un monde où l’éthique reprend sa place. L’association partage également nos valeurs environnementales. Leur serveur est alimenté à 100% en énergie renouvelable (hydraulique) certifiée ISO 5000110. Des valeurs dans lesquelles SEEN se retrouve parfaitement et qui font de Libreon l’hébergeur de ce blog . Et en plus, Libreon alimente un blog pour tout comprendre sur les logiciels libres et sur leurs intérêts.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager à tous vos télétravailleurs préférés, à laissez des commentaires et à partager vos expériences sur le télétravail ! 😊

Sources
  1. https://www.institutmontaigne.org/blog/ce-qui-se-cache-derriere-les-chiffres-du-teletravail-en-france-
  2. https://presse.ademe.fr/wp-content/uploads/2020/07/synthese_teletravail_modesdevie_final.pdf----
  3. https://librairie.ademe.fr/cadic/3692/caracterisation-effets-rebond-induits-teletravail-synthese.pdf---------
  4. https://newsroom.malakoffhumanis.com/actualites/barometre-annuel-teletravail-2021-de-malakoff-humanis-db57-63a59.html-
  5. https://www.eco2initiative.com/post/t%C3%A9l%C3%A9travail-et-impact-environnemental-
  6. https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ab8a84#erlab8a84s5-
  7. https://www.greenit.fr/wp-content/uploads/2019/10/2019-10-GREENIT-etude_EENM-rapport-accessible.VF_.pdf-
  8. https://www.capital.fr/entreprises-marches/donnees-personnelles-ce-que-les-gafam-savent-sur-vous-1391415-
  9. https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2021/02/Rapport-final_VdS_Fevrier-2021.pdf-
  10. https://fr.wikipedia.org/wiki/ISO_50001-

2 thoughts on “Télétravail et environnement : bénéfices, effets rebond et bonnes pratiques

  1. Je trouve que dans l’évaluation du télétravail on sous-estime le sous-équipement des télétravailleurs. Et ça ne concerne pas que l’équipement informatique. Cela concerne aussi le mobilier et l’immobilier. En particulier, on peut craindre qu’une partie de la surface gagnée dans les flex-offices soit perdues dans la recherche de logements où il est plus facile d’identifier un espace de travail. Concernant les équipements informatiques, voir des gens voutés sur leur portable me fait craindre le pire concernant la durabilité sociale du télétravail.

    On oublie aussi souvent des formes de télé-travail plus organisées que le télé-travail sauvage réalisé chez soi avec les moyens du bord. Je trouverais intéressant d’étudier la solution espace de co-working de proximité. Elle pourrait avoir la rationalité des espaces professionnels, sans l’impact sur l’espace personnel, en corrigeant certains impacts sociaux négatifs comme l’isolement. Pour plein de raisons, il faudrait que ces espaces de co-working restent petits, mais soient nombreux est proche des zones habités, idéalement une zone de chalandise qu’on pourrait traverser à pied. Je pense que c’est un sujet d’aménagement du territoire qui est extrêmement important.

    1. Bonjour Olivier,

      Désolé pour ma réponse (méga) tardive à ce (super) commentaire ! Je vous remercie pour vos remarques très judicieuses.
      En effet la question des équipements informatiques et des contraintes (im)mobilières du télétravail se pose réellement. Au regard des données que j’ai pu collecter, il semblerait que l’impact écologique de ces biens reste minime par rapport aux impacts positifs du télétravail et au regard des autres effets rebonds identifiés dans l’article. Mais j’imagine que cela reste très dépendant des équipements en question (cf la pièce dédiée au bureau télé-travail de 30 m2 climatisée avec 3 PC, 1 tablette et la box internet dédiée….)

      Les gens voutés sur leur portable m’inquiètent aussi et vous avez raison, socialement, c’est à prendre en compte. Surtout si c’est pour que nous finissions tous chez le médecin avec un mal de dos lié à l’inactivité physique.

      Les espaces de co-working de proximité me semblent aussi essentiels aujourd’hui pour les nombreuses plus-values qu’ils offrent comme vous le soulignez. C’était volontaire de ne pas les aborder dans cet article car ils posent de nombreuses questions qui dépassent l’écologie mais traitent davantage de l’aménagement du territoire et des besoins sociaux / techniques du travail.

      Encore merci pour ce retour très instructif pour moi et pour les lecteurs de l’article !

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