Société

Consommation durable, décroissance, ESS et Écossolies

Comment l’économie sociale et solidaire (ESS), au travers des Écossolies à Nantes, contribue à transformer notre consommation vers un modèle plus durable et en cohérence avec une décroissance inévitable ?

Notre modèle économique actuel ne permet pas de répondre aux contraintes et limites planétaires. En effet, dans sa forme actuelle, il ne permet pas de prendre en compte le changement climatique, la limitation des ressources planétaires, la gestion des déchets, la pollution, l’effondrement des écosystèmes et la biodiversité. Son évolution est nécessaire pour diminuer notre consommation, protéger l’environnement et réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Des modèles alternatifs naissent pour répondre à ces enjeux. Ils y envisagent une nouvelle économie, source de bonheur dans la sobriété, de meilleurs conditions de vie, etc. C’est le cas de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), portée à Nantes par Les Écossolies, qui offre des perspectives d’une consommation plus durable et solidaire.

Avant d’aller plus loin, voici deux petites vidéos sur les notions de monde contraint et de décroissance. Les concepts mobilisés dans cet article y seront bien mieux expliqués que par mes mots. Pour les initiés, la suite juste en-dessous, bonne lecture ! 😉

Décroissance et consommation

Nos modes de consommation actuels sont directement fonction de notre accès à une énergie peu chère et en grande quantité. C’est aujourd’hui grâce à des énergies comme le pétrole, le charbon, le gaz ou le nucléaire, que nous pouvons nous déplacer, nous nourrir ou nous loger. Cette énergie n’est pas sans conséquence puisque c’est elle, sous ses multiples formes, qui induit des émissions de GES.

Afin de respecter les accords de Paris et un réchauffement limité à 1,5°C nous devons réduire nos émissions. Exprimé individuellement, nous devons passer de 10,8 à 2 tonnes équivalent CO2 par français et par an. Cette transformation colossale implique nécessairement une réduction de notre consommation d’énergie. Les développements technologiques ne suffiront pas à atteindre cet objectif. Ils orientent plutôt vers une croissance continue et des effets rebonds qui induisent nécessairement des dégâts environnementaux.123 Oublions les croyances en une technologie salvatrice, même Tony Stark n’arriverait pas à l’inventer !

La croissance, associée au PIB, est directement fonction de notre consommation d’énergie. Ainsi, espérer maintenir une croissance économique et dans le même temps répondre aux problèmes du changement climatique est incompatible.4 De ce fait, des notions comme celles du « développement durable » ou de la « croissance verte » ne sont pas tenables.5

Si réduire notre consommation d’énergie est nécessaire, alors nous devons passer par une phase de décroissance volontaire et anticipée. Cette dernière doit être « un projet de société et appelle à un tout autre type d’économie : une économie qui n’a pas besoin de croissance en premier lieu (tout en pouvant en avoir), et qui peut apporter la justice et le bien-être même si la consommation d’énergie diminue. »6 Il est indispensable que cette phase soit volontaire afin d’éviter une décroissance subie dont les conséquences seraient désastreuses. Peut-être pas autant que la fin d’Avengers Infinity War mais quand même… ! 😨

Décroissance et justice sociale

« Les 1% les plus riches au monde émettent 100 fois plus de carbone que les 50% les plus pauvres. »7 Sans certaines précautions, la décroissance et une transformation de notre économie pourraient être néfastes aux classes les moins élevées (et aux pays les moins riches à l’échelle planétaire). Afin de ne pas accroître les inégalités sociales, il est alors essentiel d’associer la décroissance et la justice sociale. En effet, la « décroissance, c’est la sobriété au service de la justice sociale et écologique. »5

Pourtant, et malgré de fortes différences de consommation d’énergie, la décroissance concerne toute la population française (et planétaire). Il est vrai que les inégalités carbone reflètent les inégalités de revenus. En effet, plus d’argent, signifie souvent un plus grand domicile, plus de chauffage, plus de déplacements, et plus d’achats. Cependant en France, même un citoyen au SMIC a une empreinte carbone supérieure aux objectifs des accords de Paris.8
Il est tout à fait louable de lutter contre la possession de jets privés ou l’achat de grosses voitures inutiles. Ce sont des biens très polluants et bien souvent superficiels. En plus, ils entretiennent un jeu malsain basé sur la compétition. « Mais penser que pour résoudre cette crise climatique il suffira de faire payer le bourgeois, c’est malheureusement méconnaître les ordres de grandeur. »8

Décroissance, consommation et épanouissement

Si la notion de décroissance peut effrayer, nous devons la relativiser et la mettre en lien avec la notion de bonheur. En effet, la décroissance n’est pas associée à une perte de bonheur, mais plutôt à sa réorientation vers d’autres sources d’épanouissement. Le lien direct et unique entre bonheur et richesse est loin d’être évident. « C’est le « Paradoxe d’Easterlin » : sur le long terme, ce n’est pas l’argent qui détermine le bien-être, mais plutôt l’éducation, la santé, et la convivialité. »59

« Mais vous savez, on peut trouver du bonheur même dans les endroits les plus sombres. Il suffit de se souvenir d’allumer la lumière. »

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, Albus Dumbledore

Ainsi, vivre en décroissance, c’est prendre de la distance avec le modèle de consommation dans lequel nous évoluons. C’est, par exemple, faire le choix d’un mode de transport moins énergivore pour partir en vacances. Bien évidemment des vacances pas trop loin, pas aux Bahamas 😎. La décroissance implique aussi de revoir son rapport au temps et de rompre avec notre modèle de l’instantané. Ce qui ne va pas plaire à Amazon ! 🤪 Selon la philosophe Kate Soper : consommer moins, vivre plus lentement, faire des choses soi-même et se concentrer sur des plaisirs non-matériels pourrait être source d’épanouissement.510

L’ESS comme modèle de consommation durable

Une économie dans un système de consommation durable ne peut plus avoir comme premier indicateur de progrès le PIB. Ainsi, cette économie associera des critères sociaux et environnementaux à ses marqueurs de croissance.5

Pour atteindre ce modèle, il est nécessaire de faire évoluer les modes de pensée et de gouvernance qui impactent l’économie. Ce sont ainsi de nouvelles manières d’agir, de produire, de consommer qui doivent naître de façon partagée par les citoyens et ainsi constituer de nouvelles références collectives.11

L’Économie Sociale et Solidaire (ESS) apparaît comme un début de réponse à la transformation de notre modèle économique. Elle rassemble 2,4 millions de salariés12 et différentes formes d’entreprises (associations, coopératives, mutuelles, fondations, sociétés commerciales). Ensemble, ils cherchent à concilier solidarité, performance économique et utilité sociale.12

Par ces démarches participatives, l’ESS cherche à associer les citoyens aux enjeux de la transition énergétique. Cette coopération s’entreprend tant au niveau de la consommation que de la production d’énergie.11 Les acteurs de l’ESS s’engagent par exemple dans l’économie circulaire. Ils mettent ainsi en avant « les plus-values de l’innovation sociale et de l’ancrage territorial. »13

Le modèle économique mis en avant par l’ESS participe à notre transition énergétique. Il contribue « à diminuer les consommations d’énergie, de matières premières et d’eau, à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à minimiser ou à éviter totalement toutes les formes de déchets et de pollution, et à protéger et restaurer les écosystèmes et la biodiversité. »11

Les Écossolies, pôle de l’ESS nantais

Le pôle de l’ESS nantais, incarné par Les Ecossolies, est implanté au Solilab sur l’île de Nantes. L’association met en avant une économie humaine, éthique et solidaire sur le territoire.

En premier lieu, le travail des Écossolies passe par la détection de besoins sociaux sur le territoire. L’objectif est de cerner l’écosystème local pour envisager d’en satisfaire les besoins existants. Une étude sur les opportunités de création d’activités et d’emplois sur ce territoire permet de confirmer ces besoins.

Progressivement, les Écossolies permettent un accompagnement à la mise en œuvre de projets. Grâce à l’incubateur, le lancement d’entreprises à impact social et/ou environnemental peut se faire de façon sécurisée et accélérée.

La forte dimension collaborative amène acteurs de l’ESS et partenaires à se rencontrer pour échanger et construire collectivement. Le pilotage des Écossolies permet de créer des échanges entre les différents partenaires. Ce sont ainsi de nouvelles collaborations qui peuvent naître.

Les Ecossolies, pôle de l’ESS Nantais

A travers ses missions et démarches, l’ESS et les Écossolies répondent partiellement à la nécessité d’une transformation de l’économie vers une décroissance et une consommation durable. Si elle parvient à conserver ses valeurs, l’ESS peut être une véritable étape vers un système qui ne prend pas pour seule référence de croissance le PIB.

De nombreux projets incubés par les Écossolies répondent déjà à cette problématique. Vous pouvez en retrouver sur ce blog : des ressourceries comme SupporTerre, de l’électroménager d’occasion chez Envie 44, des bouteilles consignées avec Bout’ à Bout’, des bières solidaires avec Tête Haute (yes de la picole ! 🍺), des achats en vrac avec O’Bocal, etc.

N’oublions pas la double nécessité pour atteindre nos objectifs : consommer mieux et différemment, mais surtout consommer moins. (PS : Courage on peut le faire, tous ensemble on va y arriver ! 😉)

Sources
  1. https://esprit.presse.fr/article/bihouix-philippe/le-mythe-de-la-technologie-salvatrice-39262?fbclid=IwAR3AVx9btn35mZIompLxj619mcOE_s3qFYmT4a8bStncAn-d94EXC2-WwvA-
  2. https://www.fichier-pdf.fr/2020/09/24/zeroe-et-le-monde-de-demain/?-
  3. https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/ecologie-pourquoi-la-technologie-ne-nous-sauvera-pas?fbclid=IwAR2wFE3AZNmcp8hLROTWbWc9H6XFe0xgqsndCdq9C0EhoWxnsY-MnuiJXOs-
  4. https://jancovici.com/changement-climatique/predire-lavenir/quelques-impasses-liees-a-notre-developpement-actuel/-
  5. https://timotheeparrique.com/reponse-a-leigh-phillips-la-decroissance-pour-les-nuls/-----
  6. https://bonpote.com/decroissance-et-prejuges/-
  7. http://hdr.undp.org/sites/default/files/hdr_2020_overview_french.pdf-
  8. https://jancovici.com/publications-et-co/interviews/une-interview-dans-le-nouvel-obs-en-mars-2021/--
  9. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/B9780122050503500087-
  10. https://www.versobooks.com/books/3693-post-growth-living-
  11. http://lelabo-ess.org/l-ess-contribue-a-la-transition-ecologique.html---
  12. https://www.ecologie.gouv.fr/leconomie-sociale-et-solidaire-levier-transition-ecologique--
  13. https://presse.ademe.fr/2017/10/ess-lademe-sengage-avec-le-conseil-national-des-cress-et-emmaus-france.html-

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